Tout au long de cette série, nous avons exploré le camouflage sous toutes ses facettes : ce qu’il est, comment il se manifeste, qui il touche, et le prix qu’il fait payer. Mais une question demeure : comment aider votre enfant à moins camoufler, concrètement, au quotidien ?

La réponse n’est pas simple. Car le camouflage, aussi coûteux soit-il, remplit une fonction : il protège votre enfant du rejet, de l’exclusion, du harcèlement. Lui demander d’arrêter de camoufler sans rien changer à son environnement serait le mettre en danger.

L’objectif n’est donc pas d’éliminer le camouflage, mais d’aider votre enfant à moins camoufler — en créant des espaces d’authenticité, en adaptant l’environnement, et en travaillant avec les professionnels pour que votre enfant soit vu et accompagné tel qu’il est.

SÉRIE COMPLÈTE : DERRIÈRE LE MASQUE
  1. Camouflage autistique : Quand votre enfant joue un rôle pour survivre
  2. Masquage, compensation, assimilation : Les 3 visages du camouflage
  3. Pourquoi les filles autistes camouflent plus (et ce que ça change)
  4. École vs maison : Pourquoi l’enseignant ne voit pas ce que vous voyez
  5. Anxiété, dépression, épuisement : Le prix invisible du camouflage
  6. « Qui suis-je vraiment ? » La crise d’identité derrière le masque
  7. 7 signes que votre enfant camouffle (et ne vous le dit pas)
  8. Comment aider votre enfant à moins camoufler (sans le mettre en danger)
Merci de nous avoir suivis tout au long de cette série. 💙
Infographie expliquant comment aider son enfant à moins camoufler , en réduisant la pression du camouflage à la maison, à l’école et avec les professionnels, afin de favoriser son bien-être et son authenticité.
Aider votre enfant à moins camoufler, c’est réduire la pression et valoriser qui il est vraiment.

À la maison : créer un sanctuaire d’authenticité

Votre maison peut être — et est peut-être déjà — l’endroit où votre enfant peut enfin déposer le masque. C’est un rôle précieux que vous jouez, même si les effondrements du soir peuvent être épuisants pour vous aussi.

Accueillez ce qu’il est vraiment

Laissez votre enfant être lui-même à la maison, sans chercher à corriger ses comportements « autistiques ». S’il a besoin de faire du stimming pour se réguler — se balancer, agiter ses mains, tourner un objet —, laissez-le faire. Ces comportements sont des outils de régulation, pas des problèmes à éliminer.

Écoutez-le parler de ses intérêts spécifiques, même si c’est la centième fois qu’il vous explique le même sujet. Cet intérêt fait partie de son identité, et l’attention que vous lui portez lui envoie le message que ce qu’il aime a de la valeur.

Nommez ce qui se passe

Si votre enfant est assez grand pour comprendre, parlez-lui du camouflage. Mettez des mots sur ce qu’il vit. Beaucoup d’enfants autistes qui découvrent ce concept ressentent un immense soulagement : ils comprennent enfin pourquoi ils sont si fatigués, pourquoi ils se sentent différents, pourquoi ils ont l’impression de jouer un rôle.

Vous pouvez lui dire quelque chose comme : « Je sais que c’est fatigant de faire des efforts pour te comporter d’une certaine façon à l’école. Ici, tu n’as pas besoin de faire ça. Tu peux être toi-même. »

Prévoyez des temps de récupération

Intégrez dans le quotidien des temps de décompression après les périodes de camouflage intense. Après l’école, laissez-lui du temps seul dans sa chambre avant de lui poser des questions sur sa journée. Le week-end, n’enchaînez pas les activités sociales — prévoyez des plages de calme.

Avec l’école : être le porte-voix de votre enfant

L’école ne voit souvent qu’une partie de votre enfant — la partie qui camouffle. Votre rôle est de leur montrer l’autre partie, celle qu’ils ne voient pas.

Expliquez le concept de camouflage

Beaucoup d’enseignants et de professionnels ne connaissent pas encore ce phénomène. Prenez le temps de leur expliquer, documents à l’appui si nécessaire. Dites-leur que le fait que votre enfant « semble aller bien » en classe ne signifie pas qu’il va bien — cela signifie qu’il fait des efforts considérables pour donner cette impression.

Documentez ce que vous observez

Tenez un journal des effondrements, de leur fréquence, de leur intensité, de leurs déclencheurs. Si possible et avec le consentement de votre enfant, filmez certains moments difficiles. Ces preuves concrètes peuvent aider les professionnels à comprendre ce qui se passe réellement.

Demandez des aménagements

Même si votre enfant « s’en sort » à l’école, il peut bénéficier d’aménagements qui réduisent la charge du camouflage. Cela peut inclure un endroit calme où se retirer quand c’est trop, des pauses sensorielles, une flexibilité sur certaines règles sociales, ou simplement une vigilance bienveillante de la part des adultes.

Avec les professionnels : exiger d’être entendu

Si votre enfant est en cours de diagnostic ou de suivi, rappelez aux professionnels que les évaluations en cabinet ne capturent qu’un instant — un instant où votre enfant est probablement en train de camoufler.

Demandez que vos observations soient prises en compte au même titre que les leurs. Insistez pour que l’évaluation inclue des informations provenant de plusieurs contextes — pas seulement le cabinet, mais aussi la maison et l’école.

Si un professionnel vous dit que votre enfant « ne peut pas être autiste » parce qu’il a des amis ou qu’il établit le contact visuel, vous avez le droit de demander un deuxième avis auprès d’un spécialiste informé sur le camouflage et le phénotype féminin de l’autisme.

Vers un monde plus accueillant

Les recherches sont claires sur ce point : la meilleure façon de réduire le camouflage n’est pas de changer l’enfant, mais de changer l’environnement. Les enfants camouflent parce que le monde leur envoie le message qu’ils doivent être différents de ce qu’ils sont pour être acceptés.

À votre échelle, vous pouvez contribuer à créer des espaces où la neurodiversité est accueillie. Parlez de l’autisme autour de vous, éduquez les autres parents, soutenez les initiatives d’inclusion dans l’école de votre enfant.

Aidez votre enfant à trouver des pairs qui l’acceptent tel qu’il est — même s’ils sont peu nombreux. Une seule relation authentique vaut mieux que dix relations superficielles construites sur un personnage.

Un mot pour finir

Si vous avez lu cette série jusqu’au bout, c’est que vous cherchez à comprendre votre enfant et à l’accompagner au mieux. Ce simple fait — votre présence, votre attention, votre volonté de voir au-delà des apparences — est déjà un cadeau immense pour lui.

Le chemin n’est pas facile. Il y aura des jours de doute, des effondrements difficiles, des incompréhensions avec l’école ou les professionnels. Mais vous n’êtes pas seul(e). Et surtout, votre enfant a quelque chose que beaucoup d’enfants autistes n’ont pas : un parent qui cherche à le voir vraiment.

« L’amour le plus profond qu’on puisse offrir à quelqu’un, c’est de lui dire : ‘Je te vois. Je te vois vraiment. Et ce que je vois est précieux.’ »

📖 Sources scientifiques
  • Zhuang, S., et al. (2023). Psychosocial factors associated with camouflaging in autistic people. Clinical Psychology Review, 106, 102335.
  • Field, S.L., et al. (2024). A meta-ethnography of autistic people’s experiences of social camouflaging and its relationship with mental health. Autism, 28(6), 1373–1388.
  • Klein, J., et al. (2025). A systematic review of social camouflaging in autistic adults and youth. Development and Psychopathology, 37(3), 1320–1334.

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