Nous avons vu dans les articles précédents ce qu’est le camouflage, comment il se manifeste, et pourquoi il est souvent invisible aux yeux des enseignants et des professionnels. Mais il reste une question essentielle : quel est le prix de ce masque que porte votre enfant, et jusqu’où peut-il mener au burnout autistique ?
La réponse, documentée par de nombreuses études scientifiques, est préoccupante. Le camouflage n’est pas gratuit. Il se paie en anxiété, en dépression, en épuisement profond. Lorsque cet effort se prolonge, il peut conduire à un véritable burnout autistique. Et parfois, le prix est encore plus lourd.
8 articles pour comprendre et accompagner votre enfant tout au long du mois de janvier.
Sommaire
Le prix invisible du camouflage

Ce que les recherches ont établi
Une méta-analyse publiée en 2024, regroupant 23 études et près de 5 900 participants autistes, a quantifié pour la première fois la force du lien entre camouflage et santé mentale. Les résultats sont clairs : il existe une relation significative et modérée entre le camouflage et l’anxiété, la dépression et l’anxiété sociale.
En d’autres termes : plus une personne autiste camouffle, plus elle risque de développer des symptômes anxieux et dépressifs. Cette relation est robuste — elle ne varie pas significativement selon l’âge des participants, leur sexe, ou la qualité des études.
La méta-analyse a également trouvé une relation négative entre le camouflage et le bien-être psychologique. Autrement dit : plus on camouffle, moins on se sent bien dans sa vie.
Burnout autistique chez les enfants et les adolescents
Ces constats ne concernent pas uniquement les adultes. L’étude australienne que nous avons mentionnée dans l’article précédent, portant sur 733 enfants et adolescents autistes âgés de 4 à 17 ans, a démontré que le camouflage était un prédicteur significatif des symptômes d’intériorisation — c’est-à-dire l’anxiété, la dépression et les plaintes somatiques comme les maux de ventre ou les maux de tête.
Ce résultat tient même lorsqu’on contrôle pour l’âge, le sexe et le quotient intellectuel de l’enfant. Le camouflage a un effet propre, indépendant des autres facteurs.
« Mon fils de 9 ans me dit qu’il a mal au ventre tous les matins avant l’école. Les médecins ne trouvent rien. Maintenant je comprends. »
Le burnout autistique : quand le masque devient trop lourd
Au-delà de l’anxiété et de la dépression, les chercheurs s’intéressent de plus en plus à un phénomène spécifique : le burnout autistique. Défini par les personnes autistes elles-mêmes, il s’agit d’un état d’épuisement profond, caractérisé par une perte de compétences, un retrait social et une incapacité à fonctionner comme avant.
Le burnout autistique n’est pas un simple « coup de fatigue ». C’est un effondrement qui peut durer des semaines, des mois, parfois des années. Les personnes qui l’ont vécu le décrivent comme une incapacité totale à maintenir les efforts d’adaptation qu’elles fournissaient jusque-là.
Les recherches qualitatives et conceptuelles ont établi un lien direct entre le camouflage prolongé et le burnout autistique. À force de porter le masque jour après jour, année après année, les ressources s’épuisent. Et un jour, le système s’effondre.
Le paradoxe du camouflage « réussi »
Une méta-ethnographie publiée en 2024, synthétisant 13 études qualitatives sur l’expérience vécue du camouflage, a mis en lumière un paradoxe cruel : les stratégies de camouflage les plus « efficaces » socialement sont aussi les plus nocives pour la santé mentale.
Pourquoi ? Parce que les stratégies qui fonctionnent le mieux demandent une auto-surveillance constante, une charge mentale élevée, et finissent souvent par devenir automatiques — échappant au contrôle conscient de la personne. L’enfant ne sait même plus qu’il camouffle. Il le fait en permanence, sans répit.
Et il y a une autre conséquence perverse : un enfant qui camouffle efficacement n’obtient pas l’aide dont il a besoin. Puisqu’il semble « aller bien », personne ne pense à lui proposer des aménagements ou un soutien. Il est jugé « trop bien » pour avoir besoin d’aide — alors qu’il s’épuise en silence.
Un cercle vicieux
Les recherches récentes suggèrent que la relation entre camouflage et santé mentale pourrait être bidirectionnelle. D’un côté, le camouflage génère de l’anxiété et de la dépression. De l’autre, l’anxiété et la dépression peuvent intensifier le besoin de camoufler — par peur du rejet, par manque de confiance en soi, par sentiment de ne pas être acceptable tel qu’on est.
C’est un cercle vicieux dont il est difficile de sortir sans aide. L’enfant camouffle, il s’épuise et développe de l’anxiété, cette anxiété le pousse à camoufler encore plus, ce qui aggrave son épuisement, et ainsi de suite.
Ce que cela signifie pour vous, parent
Ces informations peuvent être difficiles à lire. Mais elles ne sont pas une fatalité. Connaître le prix du camouflage, c’est déjà pouvoir agir pour le réduire.
Si votre enfant montre des signes d’anxiété, de dépression, ou d’épuisement inexpliqué, le camouflage pourrait en être une cause sous-jacente. Les maux de ventre du matin, les crises du soir, l’épuisement du week-end, le refus soudain d’aller à l’école — tous ces signaux méritent d’être pris au sérieux et explorés sous l’angle du camouflage.
Dans le prochain article, nous aborderons une conséquence souvent négligée du camouflage : son impact sur l’identité. Quand un enfant passe sa vie à jouer un rôle, que reste-t-il de qui il est vraiment ?
- [Méta-analyse 2024] Camouflaging and Mental Health in Autistic People: A Systematic Review and Meta-Analysis. Preregistered on PROSPERO (CRD42023473077). 23 études, 5 897 participants autistes.
- Ross, A., Grove, R., & McAloon, J. (2023). The relationship between camouflaging and mental health in autistic children and adolescents. Autism Research, 16(1), 190–199.
- Field, S.L., Williams, M.O., Jones, C.R.G., & Fox, J.R.E. (2024). A meta-ethnography of autistic people’s experiences of social camouflaging and its relationship with mental health. Autism, 28(6), 1373–1388.
- Klein, J., et al. (2025). A systematic review of social camouflaging in autistic adults and youth. Development and Psychopathology, 37(3), 1320–1334.

