Une étude française démontre que la présence d’un chien lors des soins dentaires réduit durablement l’anxiété des enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme.
Emmener son enfant autiste chez le dentiste peut vite devenir un parcours du combattant. Lumière vive, bruits stridents, odeurs inhabituelles, contact physique intrusif : tout dans l’environnement du cabinet dentaire peut déclencher une surcharge sensorielle.
Une équipe de chercheurs français a exploré une piste innovante. Et si la présence d’un chien pouvait changer la donne ?
Sommaire
Autisme et santé bucco-dentaire : comprendre les enjeux

Un enjeu de santé publique souvent sous-estimé
En France, environ 700 000 personnes vivent avec un trouble du spectre de l’autisme, dont 100 000 jeunes de moins de 20 ans selon l’Inserm. La prévalence a considérablement évolué : de 1 cas pour 5 000 en 1975, nous sommes passés à environ 1 cas pour 127 selon les données 2021 de l’Organisation mondiale de la santé. Certaines estimations nationales avancent même le chiffre de 1 cas pour 100.
Ces chiffres signifient qu’un dentiste rencontre régulièrement des patients autistes dans sa pratique. Pourtant, les soins bucco-dentaires restent l’un des défis majeurs pour ces familles.
Une revue systématique récente révèle que la prévalence des caries chez les personnes autistes oscille entre 60 % et 67 %. Une étude relayée par l’American Dental Association indique que près de 40 % des enfants autistes examinés présentaient des caries dentaires.
- 700 000 personnes autistes en France dont 100 000 jeunes — Inserm
- Prévalence passée de 1/5000 (1975) à ~1/127 (2021) — OMS
- 60–67 % de prévalence des caries chez les personnes autistes — Revue systématique PMC 2024
- Environ 40 % des enfants autistes examinés ont des caries — American Dental Association
- Programme PASO disponible gratuitement — SOHDEV / CRA Rhône-Alpes
- 49 enfants inclus dans l’étude (6–16 ans) — Hamdan et al., Pediatrics 2026
Ces chiffres posent une question essentielle : pourquoi les soins dentaires représentent-ils un tel obstacle pour ces enfants ?
Pourquoi les soins dentaires sont-ils si difficiles ?
Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) se caractérise par des particularités dans la communication, les interactions sociales et le comportement. Ces spécificités rendent les soins dentaires particulièrement complexes à gérer.
Les troubles du spectre de l’autisme ont un impact direct sur les pathologies dentaires. Les hyper ou hyposensibilités sensorielles entraînent des difficultés dans l’expression de la douleur. Les troubles du comportement compliquent le suivi des soins chez un praticien.
L’environnement inconnu du cabinet génère souvent une anxiété marquée. L’enfant ne sait pas ce qui va se passer. Il ne maîtrise ni le lieu, ni les gestes, ni les sensations.
Plusieurs facteurs peuvent influencer la coopération lors des soins dentaires chez les enfants autistes : le jeune âge, les difficultés de communication verbale, la présence de troubles associés et le niveau d’autonomie de l’enfant. Ces éléments sont régulièrement identifiés par les praticiens spécialisés dans l’accompagnement des patients avec TSA.
Face à ces difficultés, les professionnels ont développé plusieurs stratégies pour faciliter la prise en charge.
Les approches comportementales classiques
Les dentistes utilisent plusieurs stratégies pour réduire l’anxiété et favoriser la coopération de l’enfant.
Le renforcement positif consiste à récompenser un comportement calme et adapté. Un encouragement verbal, un autocollant, une petite récompense après l’effort.
La modélisation invite l’enfant à reproduire un comportement observé chez une autre personne. On lui montre d’abord ce qui va se passer sur un modèle ou une peluche.
La démystification aide à comprendre ce qui suscite la peur. On explique chaque étape, on déconstruit les sources d’anxiété avec des mots simples.
Dans de nombreux cas, le recours à l’anesthésie générale est proposé aux familles pour permettre la réalisation des soins dentaires. Une solution lourde qui illustre le manque d’alternatives adaptées.
Ces techniques aident, mais elles ne suffisent pas toujours. Une équipe française a voulu explorer une piste complémentaire : la présence d’un chien.
L’étude française qui change la donne

Une recherche pionnière à l’hôpital Bretonneau
C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’AP-HP a voulu tester une approche complémentaire. La thérapie assistée par l’animal (TAA) pouvait-elle faciliter la transition vers des soins dentaires conventionnels ?
L’étude s’est déroulée à l’hôpital Bretonneau AP-HP, situé dans le 18e arrondissement de Paris. Elle était coordonnée par la Dre Sandrella Hamdan et la Pre Violaine Smail-Faugeron de l’Université Paris Cité.
L’équipe réunissait plusieurs partenaires de renom : médecine bucco-dentaire de l’hôpital Bretonneau, unité de recherche clinique Necker-Enfants malades et Cochin-Port-Royal, Inserm.
Les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue Pediatrics le 9 janvier 2026. Une reconnaissance internationale pour cette recherche française.
C’est dans ce cadre qu’une chienne nommée Pookie a fait son entrée dans le service.
Pookie, la chienne au cœur du protocole
Entre mars 2023 et mars 2024, 49 enfants présentant un trouble autistique ont participé à cet essai clinique. Ils étaient âgés de 6 à 16 ans et rencontraient tous des difficultés de coopération lors des soins dentaires.
Les participants ont été répartis en deux groupes de manière aléatoire. Le groupe témoin bénéficiait des approches comportementales habituelles : hypnose, renforcement positif, modélisation.
Le groupe expérimental recevait les mêmes stratégies, avec un élément supplémentaire. Une chienne-thérapeute nommée Pookie était présente lors des deux premières séances.
Pookie accompagnait l’enfant depuis la salle d’attente jusqu’à la fin du traitement. Sa présence créait un pont entre l’environnement anxiogène et le jeune patient.
Mais concrètement, comment un chien peut-il aider un enfant pendant un soin dentaire ?
Les multiples rôles du chien-thérapeute
Selon les besoins de chaque enfant, Pookie pouvait remplir plusieurs fonctions thérapeutiques. Son intervention s’adaptait à chaque situation.
Modèle vivant. L’enfant observait le comportement calme de la chienne et pouvait s’en inspirer. Observer un être vivant détendu aide à réguler ses propres émotions.
Source de renforcement positif. Pookie motivait l’enfant grâce à des activités ludiques. Faire aboyer le chien avec un geste de la main. Jouer avec lui pendant les pauses entre deux étapes du soin.
Distraction apaisante. Caresser un animal détourne l’attention des stimuli stressants. Le contact avec la fourrure procure une médiation sensorielle rassurante.
Cette présence animale créait un environnement plus doux. L’enfant n’était plus seul face à l’inconnu.
Cette approche parisienne a inspiré d’autres initiatives en France.
Scully à Brest : une autre pionnière de la médiation animale

L’initiative parisienne n’est pas isolée. Depuis novembre 2023, le CHU de Brest a intégré une Golden Retriever nommée Scully dans son service d’odontologie. Cette femelle de deux ans travaille aux côtés des chirurgiennes-dentistes Camille Bossard et Florence Sand.
Son rôle ? Accompagner les patients qui redoutent les soins dentaires. Enfants autistes, adultes stomatophobes, personnes en situation de handicap : Scully s’installe sur leurs jambes pendant les interventions. Elle capte leur attention et apaise leur anxiété.
La chienne a suivi une formation de deux ans auprès de l’association Handi’Chiens, spécialisée dans l’éducation de chiens d’assistance. Le coût de cette préparation s’élève à 17 500 euros, financé grâce aux dons recueillis par le fonds Innoveo du CHU.
Les retours des équipes sont unanimes. La présence de ce chien-thérapeute transforme l’atmosphère du cabinet. Les patients communiquent plus facilement. Les enfants se concentrent sur l’animal plutôt que sur les instruments.
Certaines familles qui renonçaient aux soins depuis des années ont pu reprendre un suivi régulier. Cette expérience bretonne confirme les conclusions de l’étude parisienne : la médiation animale en milieu dentaire ouvre des perspectives concrètes pour les publics vulnérables.
Ces expériences de terrain sont désormais validées par des données scientifiques solides.
Des résultats scientifiquement prouvés
Les conclusions de l’étude sont claires. Les scores d’anxiété étaient significativement plus faibles dans le groupe expérimental.
Et ce n’est pas tout. Cette réduction de l’anxiété se maintenait lors de la troisième séance, même en l’absence de Pookie. L’effet positif perdurait dans le temps.
La thérapie assistée par l’animal joue donc un rôle clé dans l’acclimatation des enfants aux soins dentaires. Elle facilite la transition vers des séances conventionnelles sans animal.
C’est une avancée majeure. L’objectif n’est pas de rendre l’enfant dépendant du chien, mais de l’aider à construire une expérience positive qu’il pourra reproduire ensuite.
Un impact qui dépasse le cadre de l’étude
Les retombées de cette recherche dépassent le cadre scientifique. Certains parents ont décidé d’adopter un chien pour leur enfant après avoir observé les bienfaits thérapeutiques.
Les équipes médicales elles-mêmes en bénéficient. La présence de Pookie contribue à réduire le stress du quotidien pour les soignants. L’ambiance devient plus sereine pour tout le monde.
Sur la base de ces résultats, l’Agence régionale de santé d’Île-de-France a accordé un financement. Pookie poursuit désormais son intervention dans le service de médecine bucco-dentaire de l’hôpital Bretonneau.
Une reconnaissance institutionnelle qui ouvre la voie à d’autres initiatives similaires.
En attendant que ces initiatives se généralisent, des outils existent déjà pour accompagner les familles.
Ressources et conseils pour les familles
Des programmes d’accompagnement gratuits
En Rhône-Alpes, l’association SOHDEV a mis en place le PASO (Programme Autisme et Santé Orale) en partenariat avec le Centre de Ressources Autisme. Cet ensemble d’outils gratuits facilite la coopération du patient grâce à des films pédagogiques, des pictogrammes et des bandes dessinées.
Ces dispositifs permettent aux familles de préparer la visite en amont. L’enfant peut se familiariser avec les gestes et les sons auxquels il sera confronté.
En complément de ces outils, voici quelques conseils pratiques à appliquer au quotidien.
Préparer son enfant autiste à une visite chez le dentiste
En tant que parent, tu peux faciliter cette expérience souvent redoutée. Voici quelques pistes concrètes.
Visite de reconnaissance. Demande au cabinet si une première visite sans soin est possible. Ton enfant découvre les lieux, les odeurs, les bruits, sans pression.
Supports visuels. Utilise des livres illustrés ou des vidéos adaptées pour expliquer ce qui va se passer. Les scénarios sociaux fonctionnent bien avec les enfants autistes.
Objet rassurant. Propose à ton enfant d’emmener son doudou, son casque anti-bruit ou tout objet qui l’apaise. Cet ancrage sensoriel peut faire la différence.
Choisis le bon moment. Évite les rendez-vous en fin de journée quand la fatigue s’accumule. Privilégie un créneau où ton enfant est habituellement plus disponible.
Communique avec le dentiste. Explique les particularités de ton enfant avant le rendez-vous. Un professionnel informé adaptera son approche.
Garde la même équipe. Conserver la même équipe dentaire et les mêmes lieux de traitement permet à l’enfant de s’y reconnaître et de développer une confiance.Ce qu’il faut retenir
Cette étude française apporte une preuve scientifique des bienfaits de la thérapie assistée par l’animal. La présence d’un chien lors des premières séances de soins dentaires réduit durablement l’anxiété des enfants autistes.
L’approche ne remplace pas les techniques comportementales classiques. Elle les complète et les renforce. L’objectif reste l’autonomie de l’enfant face aux soins.
Avec environ 1 enfant sur 100 à 127 concerné par l’autisme aujourd’hui, cette problématique touche des milliers de familles. Pookie et ses collègues chiens-thérapeutes ouvrent une voie prometteuse.
Une voie où le soin devient plus humain, plus doux, plus accessible.
Ce qu’il faut retenir
Cette étude française apporte une preuve scientifique des bienfaits de la thérapie assistée par l’animal. La présence d’un chien lors des premières séances de soins dentaires réduit durablement l’anxiété des enfants autistes.
L’approche ne remplace pas les techniques comportementales classiques. Elle les complète et les renforce. L’objectif reste l’autonomie de l’enfant face aux soins.
Avec environ 1 enfant sur 100 à 127 concerné par l’autisme aujourd’hui, cette problématique touche des milliers de familles. Pookie, Scully et leurs collègues chiens-thérapeutes ouvrent une voie prometteuse.
Une voie où le soin devient plus humain, plus doux, plus accessible.
- Hamdan S, Nguyen J, Abdoul H, Ollivier C, Treluyer JM, Courson F, Jungo S, Salmon B, Fron-Chabouis H, Smail-Faugeron V. Dog Therapy for Dental Care Among Autistic Children: A Randomized Trial. Pediatrics. Janvier 2026. DOI: 10.1542/peds.2025-073469
- Université Paris Cité. Autisme chez l’enfant : la thérapie assistée par les chiens facilite les soins bucco-dentaires. Janvier 2026.
- Inserm. Dossier Autisme – Troubles du spectre de l’autisme (TSA). 2024.
- Organisation mondiale de la santé. Principaux repères sur l’autisme. Septembre 2025.
- Sami W, Ahmad MS, Shaik RA, Miraj M, Ahmad S, Molla MH. Oral Health Statuses of Children and Young Adults with Autism Spectrum Disorder: An Umbrella Review. 2024.
- American Dental Association. Prevalence of dental caries in autism. ADA News. 2024.
- SOHDEV. Programme Autisme et Santé Orale (PASO).
- Fondation pour la Recherche Médicale. Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) : dossier complet.

