Il y a des nouvelles qui traversent l’écran et vous atteignent là où vous êtes mère avant tout.
La disparition de Madoua Dembélé, petit garçon de 4 ans porteur d’un trouble du spectre autistique, puis la confirmation de sa chute dans la Marne le 25 février 2026, est de celles-là.
Nos pensées les plus sincères vont à sa famille, à ses proches, et aux 200 à 300 bénévoles qui ont cherché, nuit après nuit, dans le froid et les crues, un enfant que nous n’avons pas pu ramener.
Sommaire
Ce que nous savons de Madoua
Madoua avait 4 ans. Il était porteur d’un trouble du spectre autistique et ne s’exprimait pas verbalement — mutique, il ne comprenait que le soninké et quelques mots de français.
Ce 25 février, il jouait avec sa mère sur l’aire de jeux de la promenade André-Devambez, en bord de Marne, à Neuilly-Plaisance. En quelques minutes d’inattention — parfois une seconde suffit, toutes les mamans le savent — il avait disparu, parti en courant vers le Perreux-sur-Marne.
Une mobilisation citoyenne extraordinaire s’est alors mise en place. Drones, hélicoptères thermiques, plongeurs, chiens pisteurs : des centaines de personnes qui n’avaient jamais vu Madoua ont cherché comme si c’était leur propre enfant.
Dans la nuit du 5 au 6 mars, le comité bénévole a annoncé la fin des recherches après confirmation par vidéosurveillance. Les forces de l’ordre poursuivent leurs opérations pour retrouver son corps et permettre à sa famille de lui offrir des obsèques dignes.
À sa famille, nous disons simplement : vous n’étiez pas seuls.
Autisme et fugue : une réalité que toutes les familles doivent connaître
La tragédie de Madoua n’est pas un fait divers isolé. Elle éclaire une réalité documentée scientifiquement, trop peu connue des familles avant qu’il ne soit trop tard.
Le phénomène de l’errance autistique (wandering)
Le wandering — ou errance autistique — désigne la tendance de nombreuses personnes autistes à quitter un espace sécurisé de façon soudaine et imprévisible. Ce n’est pas de la désobéissance. C’est une caractéristique neurologique : l’enfant autiste peut être irrésistiblement attiré par un stimulus — un bruit, un reflet, un cours d’eau qui brille — sans percevoir le danger qui l’entoure.
Comme l’explique la pédopsychiatre Marie-Claude Barthélémy, spécialiste de l’autisme : « L’errance chez les enfants autistes n’est pas un comportement volontaire. Elle est souvent liée à une attirance sensorielle ou à une recherche d’apaisement face à un environnement stressant. »
L’enfant ne comprend pas toujours les consignes de sécurité, ne sait pas comment rentrer seul, et souvent, comme Madoua, ne peut pas appeler à l’aide.
Selon plusieurs enquêtes menées auprès de familles, entre 50 % et 80 % des personnes autistes ont tenté de s’échapper au moins une fois. Un tiers des cas de fugue reportés à la police se sont terminés tragiquement.
Le risque de noyade : un danger documenté et sous-estimé
L’eau est le facteur de risque le plus grave et le plus spécifique.
Selon une étude publiée dans l’American Journal of Public Health par des chercheurs de l’Université Columbia, les enfants autistes présentent un risque de noyade jusqu’à 160 fois plus élevé que les enfants au développement typique, notamment parce que l’eau exerce souvent une fascination sensorielle puissante et que la perception du danger peut être profondément altérée.
Plusieurs facteurs se cumulent pour expliquer ce chiffre :
- L’eau attire par ses reflets, ses sons et ses sensations — c’est un stimulus sensoriel fort pour beaucoup d’enfants TSA
- La conscience du danger lié aux plans d’eau est souvent absente ou très partielle
- La fuite impulsive : l’enfant ne planifie pas, il suit son attraction du moment
- En situation de détresse, l’enfant peut être incapable d’appeler à l’aide verbalement
En France, l’été 2025 l’a rappelé de façon brutale : trois enfants autistes sont décédés par noyade en moins d’une semaine. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une vulnérabilité réelle, connue, que nous devons nommer pour mieux la prévenir.
4 gestes qui peuvent sauver la vie d’un enfant TSA
Il n’existe pas de solution miracle. Mais il existe des gestes simples et accessibles qui peuvent faire une vraie différence.
1️⃣ Identifier l’enfant
Bracelet d’identification gravé avec un numéro de téléphone, carte glissée dans sa poche, QR code cousu sur ses vêtements. Des solutions peu coûteuses qui permettent à quiconque trouve un enfant disparu de contacter la famille immédiatement.
2️⃣ Informer l’entourage
Prévenir les voisins, les commerçants du quartier, les familles du parc. En cas de fugue autiste, plus les personnes autour reconnaissent et alertent rapidement, plus les chances augmentent.
3️⃣ Apprendre la sécurité dans l’eau
Des associations comme Ikigaï proposent des cours de natation adaptés TSA, avec des encadrants formés à leur fonctionnement sensoriel. L’objectif : les familiariser avec l’eau et leur donner les réflexes de survie essentiels. Cela peut littéralement sauver une vie.
4️⃣ Sécuriser la maison
Portails avec serrure haute, alarmes de porte, systèmes d’alerte au déverrouillage. Certains équipements peuvent être partiellement pris en charge via la MDPH — renseignez-vous auprès de votre référent.
Les pages et ressources à suivre
En cas de disparition d’un enfant
- 116 000 — Numéro européen d’urgence disparition d’enfant, gratuit, 24h/24
- Brigade de protection des mineurs : 01 87 27 81 07 (24h/24, 7j/7) ou pppj-bpm-groupedisparitions@interieur.gouv.fr
Communautés à suivre pour relayer les alertes
- Wanted Community — Près d’un million d’abonnés sur Facebook, réseau ultra-réactif pour les alertes disparitions
- 1 pour tous pour tous l’autisme — Milite pour un dispositif d’alerte nationale dédié aux personnes vulnérables disparues
Pour s’informer et se faire accompagner
- Autisme France — autisme-france.fr
- La Maison de l’Autisme — maisondelautisme.gouv.fr
- Association Ikigaï — Natation adaptée TSA
Pour Madoua
Écrire cet article ne change rien à ce qui s’est passé. Il ne rend pas Madoua à sa famille.
Mais parler de lui — de qui il était vraiment, un petit garçon de 4 ans qui aimait courir et qui regardait le monde à sa façon — c’est refuser de le réduire à un fait divers.
C’est rappeler que derrière chaque enfant autiste, il y a une famille qui l’aime infiniment.
La prévention ne protège pas de tout. Mais elle peut protéger de l’évitable.
Si vous connaissez une famille concernée par l’autisme, partagez ces informations. La prévention peut sauver une vie.
Repose en paix, petit Madoua. 🕊️
À retenir
- La fugue autistique (wandering) touche 50 à 80 % des enfants autistes
- L’eau est le danger n°1 : risque de noyade 160 fois plus élevé que la moyenne
- Un bracelet d’identification peut faire gagner un temps précieux
- Informer le voisinage augmente considérablement les chances de retrouver un enfant rapidement
- En cas de disparition d’enfant : appelez le 116 000 immédiatement
Sources : France Info, Le Parisien, Citoyens.com, informations.handicap.fr, American Journal of Public Health (Université Columbia, 2017), aspieconseil.com

