Une initiative départementale ouvre la voie vers des secours plus inclusifs, grâce à un partenariat entre le SDIS 95 et la Fondation John Bost.
Les situations d’urgence représentent un défi particulier lorsqu’elles impliquent des personnes autistes. Sirène stridente, lumières clignotantes, consignes rapides, contact physique soudain : tout peut devenir source de surcharge sensorielle.
Face à ce constat, le département du Val-d’Oise a décidé d’agir. Ses sapeurs-pompiers bénéficient désormais d’une formation dédiée aux spécificités de l’autisme.
Sommaire
Une réalité de terrain qui appelait une réponse adaptée
Les équipes du SDIS 95 ont régulièrement été confrontées à des interventions impliquant des personnes autistes. Sans les clés pour communiquer efficacement, certaines situations devenaient délicates à gérer.
Un regard fuyant interprété comme de la méfiance. Une absence de réponse verbale perçue comme un refus de coopérer. Des gestes brusques face à un toucher non anticipé. Autant de réactions qui peuvent compliquer une prise en charge pourtant urgente.
Le contexte même de l’intervention amplifie ces difficultés. Le stress de l’urgence, combiné aux particularités sensorielles liées à l’autisme, crée parfois des malentendus voire des blocages complets.
Les pompiers, aussi compétents soient-ils sur le plan technique, manquaient d’outils adaptés. Cette lacune identifiée sur le terrain a constitué le point de départ d’une réflexion plus large.
La rencontre de deux expertises complémentaires

C’est lors de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme que tout a commencé. Le SDIS 95 et la Fondation John Bost ont initié leur collaboration à cette occasion.
Cette fondation est reconnue pour son expertise dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap. Elle disposait précisément du savoir-faire recherché par les pompiers valdoisiens.
Les premiers échanges ont rapidement fait émerger un objectif commun. Transmettre aux équipes de secours une compréhension fine de l’autisme pour améliorer la qualité des interventions.
Le lieutenant Jean-Luc Tatin du SDIS 95 résume l’enjeu simplement. Adapter les gestes, la communication et l’environnement garantit la sécurité du pompier comme celle de la personne assistée.
Un programme pensé pour le terrain
Le module de sensibilisation aborde l’autisme sous un angle résolument pratique. Les sapeurs-pompiers y découvrent d’abord les caractéristiques générales du spectre autistique.
Cette diversité de profils rend chaque personne unique dans ses besoins et ses réactions. Comprendre cette variabilité constitue la première étape vers une intervention adaptée.
La formation insiste particulièrement sur les particularités sensorielles. Une personne autiste peut percevoir un bruit de fond comme assourdissant. Une lumière ordinaire peut sembler aveuglante. Un simple effleurement peut être ressenti comme douloureux.
Guénaël Barbot, directeur général de la Fondation John Bost, précise l’intention. L’objectif est de rendre les pompiers aussi à l’aise que possible face à ces interventions particulières.
Adapter sa communication : une clé essentielle
L’adaptation de la communication constitue un axe majeur du programme. Les pompiers apprennent à privilégier des phrases courtes et des consignes claires.
Le vocabulaire littéral devient un réflexe à acquérir. Une instruction comme « donnez-moi votre bras » sera plus efficace qu’un vague « venez par ici ».
La formation aborde également la gestion de l’imprévu. Cette situation est particulièrement déstabilisante pour de nombreuses personnes autistes.
Prévenir de ce qui va se passer, annoncer chaque geste, maintenir une voix calme : ces ajustements simples changent tout. Ils permettent à la personne de se préparer mentalement et de mieux coopérer.
Des outils concrets pour des situations réelles
Au-delà de la théorie, le programme propose des repères immédiatement applicables. Les formateurs expliquent comment réduire les stimulations sensorielles quand c’est possible.
Couper une sirène devenue inutile. Tamiser une lampe torche. Prévenir avant tout contact physique. Ces gestes peuvent faire toute la différence dans la qualité de la prise en charge.
Hélène Fargère, cheffe de service et éducatrice spécialisée à la Fondation John Bost, apporte son éclairage. Elle explique les réactions qui peuvent surprendre les intervenants non formés.
Une personne autiste peut sembler indifférente à la douleur. Ou au contraire réagir de manière disproportionnée à un stimulus anodin. Elle peut répéter les consignes sans les exécuter, ou les appliquer de façon littérale sans saisir l’intention sous-jacente.
Comprendre ces mécanismes change la donne. Les pompiers ajustent leur approche plutôt que de s’enfermer dans une incompréhension mutuelle.
Un déploiement ambitieux à l’échelle départementale
Le SDIS 95 a entrepris de généraliser cette formation à l’ensemble de ses effectifs. Chaque sapeur-pompier du département pourra bénéficier de ces apports.
Qu’il intervienne en milieu urbain ou rural, sur un accident de la route ou un malaise à domicile. Cette montée en compétence collective vise à homogénéiser les pratiques sur tout le territoire.
Les premiers retours des pompiers formés témoignent d’un réel changement de regard. Beaucoup reconnaissent avoir manqué de clés de lecture lors d’interventions passées.
La formation leur apporte une grille de compréhension qui diminue leur propre stress. Elle améliore aussi l’interaction avec les personnes concernées. Un double bénéfice qui valide la pertinence de la démarche.
Un modèle appelé à essaimer
L’initiative valdoisienne a vocation à dépasser les frontières du département. Le programme a été conçu comme un modèle adaptable pour d’autres SDIS à travers la France.
Les outils pédagogiques développés constituent une base solide. Toute collectivité souhaitant engager une démarche similaire peut s’en inspirer.
Au-delà de l’autisme, cette collaboration ouvre une réflexion plus large. Les troubles cognitifs, les déficiences sensorielles, les pathologies psychiatriques représentent autant de situations où une formation spécifique serait bénéfique.
Le partenariat entre le SDIS 95 et la Fondation John Bost démontre une chose importante. L’inclusion se construit aussi dans l’urgence, quand chaque geste compte et chaque seconde peut faire la différence.
Conseils pratiques : préparer son enfant autiste à une intervention d’urgence
En tant que parent, tu peux anticiper ces situations stressantes. Voici quelques pistes concrètes pour aider ton enfant.
Créer une fiche d’identité TSA. Note les informations essentielles : prénom, diagnostic, particularités sensorielles, moyens de communication préférés, gestes à éviter. Garde cette fiche dans le portefeuille de ton enfant ou près de l’entrée.
Familiariser avec les uniformes. Montre des photos de pompiers, ambulanciers, policiers. Explique leur rôle avec des mots simples. Des livres illustrés ou des vidéos adaptées peuvent aider.
Jouer à « faire semblant ». Simule des situations d’urgence à la maison de manière ludique. Cela réduit l’effet de surprise et permet à ton enfant de se construire des repères.
Identifier un objet rassurant. Un doudou, un casque anti-bruit, une couverture lestée. Cet objet peut accompagner ton enfant en cas d’intervention et l’aider à se réguler.
Informer l’entourage. Assure-toi que les personnes qui gardent ton enfant connaissent ces informations. Elles pourront les transmettre aux secours si nécessaire.
Ce qu’il faut retenir
Cette collaboration inédite illustre une évolution nécessaire des pratiques de secours. En formant leurs équipes aux spécificités du TSA, les pompiers du Val-d’Oise interviennent avec plus d’efficacité et d’humanité.
L’initiative prouve qu’adapter ses méthodes ne complexifie pas le travail. Au contraire, elle offre des repères qui simplifient la gestion de situations auparavant sources d’incompréhension.
Un exemple à suivre pour tous les services d’urgence soucieux d’inclusion.
Et toi, en tant que parent, tu peux aussi jouer un rôle. Préparer ton enfant, informer les intervenants potentiels, garder une fiche accessible : autant de gestes simples qui facilitent la prise en charge le jour où elle devient nécessaire.

