Noël approche, et avec lui le fameux repas de famille. Foie gras, huîtres, dinde aux marrons, bûche glacée… Pour beaucoup, c’est la magie des fêtes. Mais quand on est parent d’un enfant autiste avec des sensibilités alimentaires, ce moment peut vite devenir une source d’angoisse. Comment concilier tradition festive et respect des besoins sensoriels de notre enfant ?
On vous donne nos conseils concrets, sans culpabilité ni injonctions. Parce qu’un Noël réussi, c’est un Noël où chacun trouve sa place à table.
Sommaire
Pourquoi les personnes autistes rencontrent-elles des difficultés alimentaires ?

Avant de parler solutions, prenons un instant pour comprendre ce qui se passe vraiment.
Un cerveau qui traite les informations sensorielles différemment
Chez les personnes autistes, le traitement sensoriel fonctionne différemment. Les informations provenant des sens — goût, odorat, toucher, vue — peuvent être perçues de manière beaucoup plus intense. Ce qui nous semble anodin peut être vécu comme envahissant, voire douloureux.
Les études scientifiques sont claires : entre 70 et 90% des enfants autistes présentent des difficultés alimentaires ou des comportements alimentaires atypiques, contre environ 20 à 30% chez les enfants neurotypiques. Ce n’est pas un caprice, c’est neurologique.
Textures, goûts, odeurs, températures : des sens en alerte permanente
Concrètement, qu’est-ce que ça donne à table ? Un enfant peut refuser un aliment à cause de sa texture (trop mou, trop gélatineux, ou au contraire trop croquant), de son goût (les saveurs fortes comme les épices peuvent être perçues comme agressives), de son odeur (certaines odeurs de cuisson déclenchent des nausées), de sa température (trop chaud ou trop froid = rejet immédiat), ou de son apparence (couleur inhabituelle, aliments qui se touchent dans l’assiette).
Une étude publiée dans le Journal of Autism and Developmental Disorders montre que la sensibilité orale est le facteur le plus fortement corrélé au refus alimentaire chez les enfants autistes.
ARFID et sélectivité alimentaire : bien plus qu’un « caprice »
Certains enfants présentent un trouble spécifique appelé ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder). Les études montrent que ce trouble est significativement plus fréquent chez les personnes autistes, pouvant concerner une proportion importante des enfants suivis pour une sélectivité alimentaire sévère.
L’ARFID se caractérise par un évitement alimentaire sévère basé sur les caractéristiques sensorielles des aliments, la peur des conséquences négatives (s’étouffer, vomir), ou un manque d’intérêt pour la nourriture. Ce n’est pas lié à l’image corporelle, contrairement à l’anorexie.
Si votre enfant mange uniquement 5 ou 6 aliments depuis des années, vous n’êtes pas seuls. Et non, ce n’est pas parce que vous avez « mal fait ».
Pourquoi le repas de Noël est un défi particulier

Surcharge sensorielle : bruit, lumières, odeurs de cuisine
Imaginez : conversations qui se chevauchent, rires, musique de fond, bruits de couverts, guirlandes qui clignotent, odeurs de cuisine qui se mélangent… Pour un cerveau qui filtre mal les stimuli, c’est l’overdose garantie.
Le repas de Noël cumule TOUTES les sources de surcharge sensorielle possibles. Même un enfant qui gère plutôt bien au quotidien peut être submergé dans ce contexte.
Des plats inconnus qui bousculent les repères
Foie gras, saumon fumé, fruits de mer, marrons, bûche avec des textures surprises… Le menu de Noël est souvent aux antipodes des aliments sécurisants de notre enfant.
Les enfants autistes ont besoin de prévisibilité. Un aliment nouveau, c’est une texture inconnue, un goût incertain, une expérience potentiellement désagréable. L’anxiété liée à la nouveauté peut bloquer complètement l’appétit.
La pression du « goûte au moins » et les regards à table
Et puis il y a le contexte social. Les remarques de la famille, même bienveillantes : « Tu ne veux pas goûter ? », « Fais un effort, c’est Noël ! », « À son âge, il devrait manger de tout… »
Cette pression sociale ajoute une couche de stress. L’enfant sent qu’on attend quelque chose de lui, il perçoit la déception ou l’agacement des adultes. Résultat : il se ferme encore plus.
Parents : et si votre stress faisait partie de l’équation ?
On en parle rarement, mais c’est essentiel.

Nos enfants atypiques sont des éponges émotionnelles
Vous le savez mieux que quiconque : votre enfant capte tout. Votre tension, votre fatigue, votre appréhension avant le repas de famille… Il les ressent, même si vous ne dites rien.
Les enfants autistes ont souvent une hyperperception émotionnelle. Ils détectent les micro-expressions, les changements de ton, l’ambiance générale. Si vous êtes stressée à l’idée que « ça se passe mal », votre enfant le sent. Et ce stress amplifie ses propres difficultés.
Le poids des attentes familiales et du « Noël parfait »
On se met une pression énorme. On veut que tout soit parfait, que la famille comprenne, que notre enfant « fasse bonne figure », que le repas ressemble à ceux des magazines…
Mais soyons honnêtes : le Noël parfait n’existe pas. Pas plus pour nous que pour les autres. Lâcher cette injonction, c’est déjà retirer un poids énorme de nos épaules — et de celles de notre enfant.
Prendre soin de vous pour mieux les accompagner
Ce n’est pas égoïste de penser à vous. C’est stratégique. Un parent apaisé = un enfant plus serein. Accordez-vous des pauses pendant les préparatifs. Déléguez ce que vous pouvez. Acceptez que tout ne sera pas parfait — et que c’est OK.
7 conseils pour un repas de Noël serein (pour toute la famille)
1. Préparer en amont avec des supports visuels
Quelques jours avant, montrez à votre enfant des photos du lieu, des personnes présentes, du déroulé de la journée. Vous pouvez créer un petit planning visuel ou utiliser une « histoire sociale » qui explique ce qui va se passer. La prévisibilité réduit l’anxiété.
2. Prévoir un plat « refuge » : son aliment sécurisant

C’est LA règle d’or. Apportez ou préparez au moins un aliment que votre enfant accepte à coup sûr. Pâtes nature, riz blanc, pain, poulet grillé sans sauce… Peu importe ce que c’est. L’objectif n’est pas qu’il goûte tout. C’est qu’il puisse manger quelque chose sans stress.
3. Aménager un espace calme pour se ressourcer
Repérez à l’avance un endroit au calme où votre enfant pourra se retirer si besoin. Prévoyez ses outils de régulation : casque anti-bruit, fidget, doudou, tablette. Ce n’est pas « céder », c’est lui donner les moyens de tenir.
4. Baisser le volume : limiter les stimulations
Si c’est chez vous, vous avez le contrôle. Baissez la musique, évitez les guirlandes qui clignotent, éloignez votre enfant de la cuisine pendant la cuisson. Si c’est ailleurs, négociez en amont avec les hôtes.
5. Revoir les règles : rester à table n’est pas une obligation
Autorisez votre enfant à se lever, bouger, faire des pauses. Prévoyez des activités entre les plats. Un repas de Noël, ce n’est pas un concours d’endurance.
6. L’impliquer dans la préparation
Faites participer votre enfant à la préparation du repas ou de la table. Ça lui donne un sentiment de contrôle et rend l’événement moins subi.
7. Briefer les invités avec bienveillance (sans se justifier)
Quelques mots simples suffisent : « Cette année, [prénom] a son assiette à lui, c’est ce qui lui convient le mieux. Merci de ne pas insister pour qu’il goûte. » Vous n’avez pas à vous justifier.
Adapter le menu : des alternatives concrètes
Jouer sur les textures selon le profil de votre enfant
Certains enfants préfèrent le croquant (légumes rôtis, chips de légumes, gressins), d’autres le fondant (purées, compotes, gratins). Observez ce que votre enfant accepte habituellement et proposez des versions festives de ces textures.
Proposer des versions « nature » sans sauce ni mélange

Le secret d’un repas de Noël adapté ? La simplicité. Dinde nature sans sauce, pommes de terre vapeur, haricots verts juste cuits, riz blanc. Gardez les sauces et accompagnements à part.
Séparer les aliments dans l’assiette
Beaucoup d’enfants autistes ne supportent pas que les aliments se touchent. Utilisez une assiette à compartiments ou disposez simplement chaque aliment bien séparé.
FAQ – Vos questions sur l’autisme et les repas de fêtes
Mon enfant ne mange que 3 aliments, comment gérer Noël ? Apportez ses aliments sécurisants. L’objectif n’est pas de le faire manger « comme tout le monde », mais qu’il passe un bon moment sans stress alimentaire.
La famille fait des remarques sur son alimentation, que répondre ? Restez factuel : « C’est lié à son fonctionnement sensoriel, ce n’est pas un caprice. On gère avec son suivi. » Vous n’avez pas à convaincre tout le monde.
Faut-il le forcer à goûter « au moins une bouchée » ? Non. Forcer un enfant avec des sensibilités alimentaires renforce l’anxiété et les associations négatives avec la nourriture. Proposez, sans insister.
Mon enfant a une crise pendant le repas, que faire ? Sortez-le calmement vers l’espace calme prévu. Restez avec lui, parlez peu, laissez-le se réguler. Ce n’est pas un échec — c’est une surcharge, ça arrive.
Conclusion : un Noël réussi, c’est un Noël où chacun trouve sa place
Un enfant qui peut manger sereinement son plat « refuge », se retirer quand c’est trop, et sentir qu’il est accepté tel qu’il est — c’est ça, la vraie magie de Noël.
Et vous, parent, accordez-vous aussi le droit à l’imperfection. Le repas parfait n’existe pas. Mais le repas possible, oui. ☕
Food Selectivity and Sensory Sensitivity in Children with Autism Spectrum Disorders — Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry (2018) • Feeding Problems and Nutrient Intake in Children with Autism Spectrum Disorders — PMC (2013) • Understanding ARFID — Reframing Autism • Alimentation et sorties extérieures — Autisme Info Service

