Harcèlement scolaire : que faire en tant que parent, de la première confidence de ton enfant jusqu’aux recours possibles quand l’école ne bouge pas

Harcèlement scolaire que faire en tant que parent : un enfant assis par terre dans une bibliothèque, la tête dans les bras, pendant qu’un autre élève le montre du doigt

Ton enfant t’a confié qu’on l’insulte, qu’on l’écarte ou qu’on lui écrit des messages tard le soir ? Tu n’as pas à tout régler seule, ni tout de suite. Commence par l’écouter, noter les faits et prévenir l’école par écrit : l’établissement doit traiter ton signalement, et le protocole national pHARe prévoit des mesures de protection sans délai, à vérifier ensuite avec l’école (sources 1, 2). Et si rien ne bouge, des recours existent, du 3018 gratuit jusqu’à la plainte.

L’essentiel

Harcèlement scolaire :
que faire, dans l’ordre

  • Le harcèlement — des violences répétées (moqueries, mises à l’écart, coups, messages) dont un enfant n’arrive pas à se défendre seul ; en ligne, on parle de cyberharcèlement. Pas besoin d’être sûre du mot juste pour alerter (source 1).
  • Aujourd’hui — l’écouter, sans interrogatoire ni promesse que tu ne pourrais pas tenir ; noter les faits avec leurs dates ; écrire à l’école, la direction à l’école primaire, le chef d’établissement au collège et au lycée, pour demander des mesures de protection et un rendez-vous (sources 3, 4).
  • Après le signalement — l’établissement doit traiter ton signalement, et le protocole prévoit un adulte référent pour ton enfant, les moments à risque surveillés, les élèves mis en cause reçus, des nouvelles de ton enfant chaque jour et une information régulière de la famille (sources 1, 3, 4) ; au rendez-vous, demande une date de suivi. D’après le ministère, toutes les écoles, tous les collèges et lycées appliquent le programme national pHARe (source 2).
  • Si ça continue — une relance écrite, puis les référents harcèlement de l’académie, par la ligne académique ou le 3018 ; le harcèlement scolaire est un délit, la plainte reste possible à tout moment, et l’école doit protéger ton enfant même sans plainte (sources 4, 5).
  • Le 3018 — gratuit, anonyme et confidentiel, 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h en métropole : il conseille les familles et peut demander le retrait de contenus en ligne (source 6).
  • En cas de danger immédiat — le 15 ou le 112. S’il parle de mourir ou de se faire du mal : le 3114, gratuit, 24 h/24, y compris à La Réunion (sources 7, 8).

Mon enfant me dit qu’on le harcèle : comment réagir ?

Ce qui peut l’aider le plus, c’est d’être cru et de ne plus être seul avec ce qu’il vit. Tu peux le remercier d’avoir parlé, lui dire que ce n’est pas de sa faute, et le laisser raconter à son rythme.

Inutile de tout lui faire dire d’un coup : une question ouverte, « Qu’est-ce qui s’est passé ? », puis « Comment tu te sens ? », peut suffire au début. S’il se ferme, tu peux y revenir plus tard : beaucoup d’enfants racontent par morceaux, dans la voiture ou au moment du coucher.

Certaines phrases, même pleines d’amour, lui renvoient la responsabilité. « Pourquoi tu ne m’as rien dit avant ? » ou « Tu n’as qu’à te défendre » laissent entendre que la solution lui appartient, alors que c’est aux adultes de faire cesser les violences. Si l’une d’elles t’a échappé, rien n’est perdu : tu peux y revenir avec lui.

Couper son téléphone ou ses réseaux sans explication ressemble à une punition, qui peut le dissuader de reparler ; une pause expliquée, décidée avec lui quand c’est possible, peut au contraire le protéger.

Mieux vaut ne promettre que ce qui dépend de toi. « Ça va s’arrêter demain » dépend de l’école, et « je ne dirai rien à personne » t’empêcherait d’agir. Tu peux en revanche t’engager à t’en occuper, à le tenir au courant, à ne rien faire dans son dos.

S’il redoute que l’école soit prévenue, demande-lui ce qu’il craint : sa réponse t’aidera à choisir comment alerter, un rendez-vous discret plutôt qu’une explication devant la classe. La décision de le protéger, elle, revient aux adultes.

L’envie d’aller trouver l’enfant mis en cause ou ses parents se comprend. Le ministère de l’Éducation nationale et Service-Public déconseillent pourtant de gérer soi-même le problème ou de contacter l’auteur des faits : cela peut aggraver la situation (sources 4, 5), et c’est à l’établissement d’organiser les échanges entre familles.

Bon réflexe

Des phrases qui aident

Le remercier

« Merci de m’en avoir parlé. Il fallait du courage. »

Le déculpabiliser

« Ce qui t’arrive n’est pas normal, et ce n’est pas de ta faute. »

Promettre juste

« Je ne peux pas te promettre que tout s’arrête demain. Je te promets de m’en occuper avec toi. »

L’associer

« Avant de parler à l’école, je te dirai ce que je compte dire. »

Des phrases proposées par la rédaction, à dire avec tes mots.

Qui prévenir à l’école, et comment ?

Par écrit d’abord, puis en rendez-vous : le courriel laisse une trace datée, et la rencontre permet d’obtenir des engagements.

Bon réflexe

Ton premier courriel

À qui

La direction de l’école ; au collège et au lycée, le chef d’établissement, avec le CPE et le professeur principal en copie.

Le message

« Objet : signalement de faits pouvant relever du harcèlement – [prénom], [classe]. Madame, Monsieur, je vous signale des faits répétés qui concernent mon enfant, [prénom], élève en [classe], et qui pourraient relever du harcèlement : le [date], [lieu], [ce qui s’est passé, avec ses mots] ; le [date], […]. J’ai constaté [sommeil, refus d’aller à l’école, blessure…]. Je vous demande des mesures de protection dès maintenant, le nom de l’adulte vers qui [prénom] peut aller, et un rendez-vous dans les prochains jours. Merci de m’accuser réception. [Nom, téléphone]. »

Au rendez-vous

Les questions à poser : vers quel adulte il peut aller tout de suite ; qui surveille la récréation, la cantine, les couloirs, les vestiaires ; s’il peut éviter certains lieux ou moments un temps ; qui vérifie que ça ne recommence pas ; quand et comment tu seras informée.

Le modèle

Le courriel complet, la relance et la fiche de suivi sont dans notre article sur le signalement.

Repris du modèle de courriel proposé par la rédaction.

À l’école maternelle ou élémentaire, tout commence avec l’enseignant de ton enfant et la direction de l’école : ce sont eux que tu préviens (source 3). Si la situation relève du harcèlement, la direction suit un protocole de prise en charge, avec l’appui de l’inspection de circonscription (IEN) et d’une équipe formée (sources 2, 3).

À la cantine ou au périscolaire, souvent organisés par la commune, les adultes qui encadrent peuvent être alertés (source 3), et le service municipal concerné prévenu lui aussi.

Au collège et au lycée, ton interlocuteur principal est le chef d’établissement, principal ou proviseur ; le conseiller principal d’éducation (CPE) et le professeur principal sont souvent les premiers alertés. Chaque établissement compte un coordonnateur harcèlement et une équipe ressource d’au moins cinq personnes formées (sources 2, 9).

Tous suivent le même cadre : pHARe, le programme national de lutte contre le harcèlement, que le ministère dit obligatoire dans les écoles, collèges et lycées depuis la rentrée 2023, et son protocole de prise en charge, du signalement à la résolution (sources 2, 3, 4).

Au premier rendez-vous, demande ce qui change dès le lendemain pour sa sécurité ; les représentants des parents d’élèves peuvent t’accompagner ou faire le lien avec l’équipe (source 10).

Si tu hésites à contacter l’établissement, la ligne harcèlement de ton académie ou le 3018 relaient la situation aux référents harcèlement, qui reprennent contact avec l’école (sources 5, 9).

Harcèlement scolaire que faire en tant que parent : qui prévenir à l’école, de la maternelle au lycée, avec le programme pHARe

Que doit faire l’école pour protéger mon enfant ?

Pour le ministère de l’Éducation nationale, protéger sans attendre reste la priorité (source 2). Dès que la situation est connue, le protocole prévoit un adulte référent que ton enfant peut aller voir, son enseignant par exemple, une vigilance renforcée de tous les personnels, l’appui de camarades proches et, au collège et au lycée, des élèves ambassadeurs formés (sources 2, 3, 4).

La surveillance peut cibler les moments à risque : récréation, cantine, couloirs, vestiaires. Les élèves mis en cause, les témoins et leurs parents sont ensuite reçus séparément, pour établir les faits et faire prendre conscience aux auteurs de ce qu’ils ont fait subir.

Côté auteur, une fois les faits établis, le chef d’établissement doit engager une procédure disciplinaire au collège et au lycée, et la direction doit signaler les faits au procureur de la République quand le harcèlement est grave et persistant (sources 3, 4).

Au collège et au lycée, la sanction va de la responsabilisation et de la réparation à l’exclusion définitive, et l’élève peut être changé d’établissement s’il représente un risque pour la sécurité ou la santé des autres (source 4).

À l’école primaire, le directeur peut suspendre l’accès à l’école jusqu’à 5 jours, et un changement d’école est possible aux mêmes conditions (source 3).

Le suivi compte autant que la réaction : le directeur d’école ou le chef d’établissement prend chaque jour des nouvelles de l’élève victime et tient sa famille régulièrement informée (sources 3, 4). Le protocole le rappelle : un élève harcelé peut rester fragilisé des mois, voire des années ; la vigilance ne s’arrête pas quand les violences cessent (source 2).

Que noter, et quelles preuves garder ?

Mis bout à bout, des épisodes qui paraissent minces dessinent une situation : les noter t’aidera à l’expliquer, à vérifier si les mesures fonctionnent et, si tu le décides, à porter plainte.

Pour chaque épisode : la date, le lieu, ce qui s’est passé avec les mots exacts de ton enfant, les personnes présentes et ce que tu as constaté ensuite (source 5). Des faits, pas des conclusions.

En ligne, les preuves disparaissent vite : avant de bloquer ou d’effacer, des captures d’écran gardent le contenu, le nom du compte, la date et, si possible, l’adresse de la page (source 11). Elles documentent les faits sans prouver à elles seules qui a écrit.

Elles montrent souvent d’autres mineurs : elles ne servent qu’à l’école, aux forces de l’ordre ou au 3018, jamais aux réseaux sociaux ni au groupe de parents.

Sans attendre l’école, signale le contenu et le compte à la plateforme ; le 3018 peut appuyer le retrait, et la plainte reste possible, même contre X (sources 6, 11).

S’il s’agit d’images intimes, ne les diffuse pas et ne les copie pas : la loi punit l’enregistrement ou la transmission d’une image pornographique d’un mineur en vue de la diffuser, et même sans cette intention pour un enfant de moins de 15 ans, ainsi que sa diffusion et sa détention (source 12).

Les messages, le nom du compte et l’adresse de la page suffisent pour signaler ; les enquêteurs te diront quoi faire des images. En cas de chantage, ne réponds plus et ne cède à rien, puis contacte sans attendre le 3018 et la police ou la gendarmerie (source 13).

Harcèlement scolaire : que faire si l’école ne bouge pas ?

Harcèlement scolaire que faire en tant que parent : les recours si l’école ne bouge pas, de l’établissement au Défenseur des droits

Un premier rendez-vous ne règle pas toujours tout : les violences peuvent reprendre, changer de forme, passer en ligne, ou les mesures annoncées tarder. Ce n’est pas un échec de ta part, mais le signal qu’il est temps de relancer, parfois plus haut.

D’abord, une relance écrite : la date de ton premier signalement, ce qui s’est passé depuis, ce que tu demandes. Sans réponse, ou si la réponse ne protège pas ton enfant, les référents harcèlement du département ou de l’académie se contactent par la ligne académique ou par le 3018.

Service-Public les présente comme des interlocuteurs privilégiés des familles, qui les accompagnent jusqu’à la résolution ; de son côté, l’école peut faire appel à une équipe départementale quand le harcèlement se poursuit (sources 3, 4).

Une fois ta relance restée sans effet, le médiateur de l’Éducation nationale de ton académie peut être saisi en cas de désaccord sur le traitement de la situation : il intervient dans les litiges entre familles et administration, sans remplacer les mesures de protection dues à ton enfant (source 10).

Le Défenseur des droits, qui veille au respect des droits de l’enfant, peut aussi être saisi gratuitement, y compris par l’enfant lui-même (source 14).

Et la plainte n’attend pas la fin de cette liste : tu peux la déposer à tout moment, en parallèle des démarches auprès de l’école (source 4). Notre article sur la plainte t’explique comment faire.

Bon réflexe

Si le premier signalement ne suffit pas

Sans attendre

Menaces graves, violences, idées suicidaires : le 17 ou le 112, le 15 pour une urgence médicale, le 3114 pour une crise suicidaire, sans attendre la suite des démarches.

Nouvelle violence

Une nouvelle agression, y compris en représailles parce qu’il a parlé, n’attend pas le prochain rendez-vous : préviens l’établissement le jour même, et en cas de danger, le 17 ou le 112.

L’établissement

La direction de l’école, ou le chef d’établissement avec le CPE et le coordonnateur harcèlement : un écrit, un rendez-vous, une date de suivi.

Vérifier

Au point de suivi, des questions précises : les incidents ont-ils cessé ; vers quel adulte va-t-il en cas de problème ; qui surveille la récréation, la cantine, les vestiaires ; peut-il éviter un lieu ou un moment un temps ; qui vérifie que ça ne recommence pas, et quand t’informe-t-on ?

La relance

Un nouvel écrit qui rappelle les dates et ce qui n’a pas changé. À l’école primaire, l’inspecteur ou l’inspectrice de circonscription peut aussi être sollicité.

Les référents

Les référents harcèlement du département et de l’académie, joignables par la ligne académique (coordonnées sur education.gouv.fr) ou par l’intermédiaire du 3018 ; à La Réunion, l’académie indique le 3018 et l’adresse social.secretariat@ac-reunion.fr (source 15).

Le médiateur

Après ta relance, le médiateur académique de l’Éducation nationale, en cas de désaccord sur la façon dont la situation est traitée ; la protection de ton enfant n’attend pas cette démarche.

Le Défenseur des droits

Pour faire respecter les droits de ton enfant.

À tout moment

Le 3018 pour être conseillée ; la plainte, auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur. Ces étapes ne s’enchaînent pas toujours dans cet ordre : selon la gravité, plusieurs peuvent être menées en même temps.

D’après Service-Public, le ministère de l’Éducation nationale, le CNED et le Défenseur des droits.

Comment l’aider à aller mieux ?

Être harcelé use. Le ministère de l’Éducation nationale cite, parmi les conséquences possibles, l’isolement, la perte de l’estime de soi, la baisse des résultats, un profond mal-être, des troubles alimentaires et, dans certains cas, des conduites suicidaires (source 1).

Ces effets varient d’un enfant à l’autre et ne disent rien d’avance du tien : mieux vaut ne pas attendre pour l’entourer.

Au quotidien, il a besoin d’endroits où il se sent en sécurité, et de moments où il n’est pas « l’enfant harcelé » : une activité qu’il aime, des amis en dehors de l’école, du temps avec toi sans parler de tout ça. Inutile de lui faire tout raconter sans cesse : dis-lui que la porte reste ouverte.

Un professionnel peut l’aider à mettre des mots sur ce qu’il vit : son médecin ou son pédiatre, à l’école l’infirmerie, le service social ou le psychologue de l’Éducation nationale (sources 3, 9), ou le centre médico-psychologique (CMP) de ton secteur, public et gratuit (source 16).

Avec Mon soutien psy, dès 3 ans, pour une souffrance légère à modérée, hors troubles du neurodéveloppement, jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue partenaire sont remboursées à 60 % par l’Assurance maladie, le reste par ta complémentaire le cas échéant ; tu peux passer par un médecin ou prendre rendez-vous directement (source 17).

Fiche technique

Mon soutien psy, en pratique

Pour qui · dès 3 ans, pour une souffrance psychique d’intensité légère à modérée : pensées négatives, difficultés à l’école ou à la maison, changement d’humeur, maux de tête ou de ventre ; pour un mineur, l’accord des parents ou tuteurs est indispensable

Pas d’emblée · un enfant qui relève d’abord de l’avis d’un psychiatre ou d’un pédopsychiatre : troubles du neurodéveloppement, risque suicidaire, troubles anxieux ou dépressifs sévères, troubles graves du comportement alimentaire, retrait majeur, dépendance, troubles du comportement sévères ; ni un enfant suivi en pédopsychiatrie ou en psychiatrie, ou en ALD pour motif psychiatrique, aujourd’hui ou dans les 2 dernières années : son médecin ou son pédiatre l’oriente

Combien de séances · jusqu’à 12 par année civile : un entretien d’évaluation au cabinet, puis de 1 à 11 séances de suivi, parfois en vidéo

Le prix · 50 € la séance, payée au psychologue, et pas plus : au-delà, la feuille de soins est rejetée ; tu l’envoies à ta caisse, qui rembourse 60 %, et ta complémentaire, le cas échéant, 40 %

Sans avance de frais · si ta famille bénéficie de la Complémentaire santé solidaire ou de l’AME, ou si les séances sont en lien avec une ALD ou un accident causé par un tiers : préviens le psychologue, et apporte à la première séance l’attestation de droits à jour ou le courrier du médecin

Comment · avec un courrier de son médecin (traitant, pédiatre, PMI, médecin scolaire), ou en prenant directement rendez-vous avec un psychologue partenaire de l’annuaire d’ameli.fr, où un filtre repère ceux qui reçoivent les mineurs

Enfant en ALD, hors ALD n° 23 et hors des cas ci-dessus · le plafond de 12 séances ne s’applique plus si les séances font partie de son protocole de soins : à voir avec son médecin

Si ça ne suffit pas · le médecin traitant oriente vers un psychiatre ou un centre médico-psychologique (CMP), public, gratuit, que tu peux aussi contacter directement, avec une équipe de psychiatres, psychologues, infirmiers, orthophonistes et travailleurs sociaux

Si son état t’inquiète · son médecin sans délai, pour une orientation vers un psychiatre ou une structure spécialisée : le dispositif ne couvre pas les situations graves

S’il parle de mourir ou de se faire du mal · le 3114, 24 h/24 ; en danger immédiat, le 15 ou le 112 (voir le Point de vigilance)

Source · Ameli.fr, 16 septembre 2026 ; sante.fr pour le CMP (sources 16, 17)

Et toi, qui t’épaule ? Un proche, un professionnel, ou le 3018, qui répond aussi aux parents (source 6).

! Point de vigilance

Quand il faut agir tout de suite

Certains enfants harcelés en viennent à penser à mourir ou à se faire du mal.

Il parle de mourir · de disparaître · de ne plus en pouvoir · il se blesse · son désespoir t’inquiète, même s’il n’a rien dit d’explicite

Tu peux lui poser la question directement, par exemple « Est-ce qu’il t’arrive de penser à mourir ? » : en parler ne lui en donnera pas l’idée, cela lui ouvre au contraire la porte pour dire sa souffrance, rappellent le 3114 et la Maison de Solenn (sources 18, 19, 20).

Ne lui promets pas de garder le secret et, s’il est en danger, ne le laisse pas seul (source 18).

Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24 et 7 j/7, partout en France, y compris à La Réunion, et aussi aux proches inquiets : vous pouvez l’appeler ensemble (sources 7, 8, 18).

Chez les adolescents, le passage des idées à l’acte peut être plus rapide : mieux vaut ne pas attendre (source 19). En cas de danger immédiat : le 15 ou le 112, et le 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes (source 21).

Dispute ou harcèlement : comment faire la différence ?

Toutes les violences entre enfants ne sont pas du harcèlement, mais toutes méritent une réponse. Une dispute entre deux camarades de force égale, qui finit par s’apaiser, relève du conflit. Une bagarre isolée ou une insulte lâchée un jour de colère restent des violences ponctuelles, que l’école doit traiter.

L’intimidation, faire peur pour dominer ou obtenir quelque chose, peut rester un épisode ; quand elle vise toujours le même enfant et revient, elle bascule dans le harcèlement.

Ce qui fait la différence, c’est la répétition et le déséquilibre : pour le ministère de l’Éducation nationale, le harcèlement est une violence répétée, verbale, physique ou psychologique, exercée par un ou plusieurs élèves contre une victime qui ne peut pas se défendre (source 1). Moqueries quotidiennes, mise à l’écart systématique, surnoms qui collent en font partie, autant que les coups.

Harcèlement scolaire que faire en tant que parent : conflit, intimidation ou harcèlement, ce qui les distingue

La répétition peut aussi venir du nombre : dans un groupe, chacun ne fait parfois qu’un geste ou qu’un message, mais l’accumulation écrase l’enfant. La loi en tient compte quand ils agissent de façon concertée ou en sachant prolonger ce que d’autres ont commencé, même si chacun n’a agi qu’une fois (source 22).

En ligne, c’est le cyberharcèlement : messages, rumeurs, photos détournées, exclusion d’un groupe de discussion, faux comptes (source 11). Souvent prolongement de la classe, il ne s’arrête pas à la sortie de l’école et se diffuse vite, mais laisse des traces, utiles pour documenter les faits.

Tu n’as pas à trancher : l’établissement évalue la situation pour protéger ton enfant, et c’est la justice, si elle est saisie, qui qualifie les faits. Tu peux alerter, et même porter plainte, sans attendre qu’un harcèlement soit reconnu (source 4).

Fiche technique

Le harcèlement à l’école en chiffres

Écoliers en situation de harcèlement · 3 % (13 % dans une situation « à surveiller »)

Collégiens en situation de harcèlement · 4 % (6 % « à surveiller »)

Lycéens en situation de harcèlement · 2 % (5 % « à surveiller »)

Ce qui est mesuré · des grilles d’auto-évaluation remplies par les élèves du CE2 au lycée en novembre 2025 : des atteintes répétées d’autres élèves, avec une vie scolaire vécue négativement ; un repérage, pas un diagnostic individuel, et des résultats non comparables à ceux de 2023 et 2024, les grilles pouvant être signées pour la première fois

Enquête privée en ligne, questions non publiées, non comparable à la DEPP (Caisse d’Épargne et e-Enfance, mai 2025) · 37 % des 6-18 ans déclarés concernés au moins une fois par le harcèlement ou le cyberharcèlement, selon 1 602 binômes parent-enfant interrogés par l’institut Audirep

Ces deux enquêtes · ne mesurent pas la même chose, des situations en cours ou le fait d’avoir été concerné au moins une fois, et aucune ne dit si ton enfant à toi est harcelé

Source · DEPP, Note d’information n° 26-20, juin 2026 ; Caisse d’Épargne et association e-Enfance / 3018, octobre 2025 (sources 23, 24)

Comment savoir si mon enfant est harcelé ?

Beaucoup d’enfants harcelés se taisent, par honte, par peur que ce soit pire, ou parce qu’ils pensent que les adultes n’y pourront rien. Ce sont alors des changements qui alertent, plus que des mots.

Le ministère de l’Éducation nationale invite à prêter attention à un enfant qui se replie sur lui-même, paraît isolé, nerveux ou anxieux, dort mal, mange différemment, ou réagit de façon inhabituelle en consultant son téléphone (source 5).

D’autres changements peuvent compter : des maux de ventre les matins d’école qui disparaissent le week-end, des affaires abîmées ou perdues, des copains dont il ne parle plus, des notes qui baissent, une envie soudaine d’être accompagné ou de rester à la maison.

Aucun de ces signes ne prouve un harcèlement : fatigue, souci de santé, difficulté scolaire, inquiétude à la maison ou simplement l’âge peuvent les expliquer. Ce qui compte, c’est un changement net, qui dure ou s’ajoute à d’autres.

Plutôt qu’un « On t’embête ? », souvent suivi d’un « non », tu peux partir de ce que tu observes : « Je te trouve tendu le dimanche soir. Il se passe quelque chose à l’école ? » L’enseignant ou le professeur principal a peut-être remarqué un changement.

Rien ne t’oblige à attendre qu’il confirme pour partager ton inquiétude avec l’école : un adulte prévenu verra peut-être ce qui ne se dit pas à la maison, et le 3018 répond aussi aux parents qui s’interrogent (source 6).

Enfant en situation de handicap : qu’est-ce qui change ?

Le harcèlement se nourrit souvent du rejet de la différence : le ministère de l’Éducation nationale cite le handicap et les troubles de la communication, comme le bégaiement, parmi les différences visées (source 1). Tous les enfants en situation de handicap ne courent pas le même risque : tout dépend de l’enfant, de sa classe et des adultes qui l’entourent.

La difficulté tient souvent au recueil de sa parole. Un enfant qui parle peu, qui s’exprime avec des pictogrammes, une tablette ou la langue des signes, ou qui a du mal à situer les événements dans le temps, ne racontera pas forcément avec des mots.

Ses moyens de communication habituels, du temps, et ceux qui le connaissent bien t’aideront : son AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap), son enseignant, son orthophoniste, son éducateur. Un changement de comportement peut être son seul message : il mérite d’être pris au sérieux, sans conclure trop vite : il peut avoir d’autres causes.

Préviens aussi son enseignant référent, chargé de la scolarisation des élèves en situation de handicap, l’interlocuteur prioritaire pour les questions de scolarité (source 25).

S’il a un projet personnalisé de scolarisation (PPS), l’équipe de suivi de la scolarisation peut se réunir en cours d’année à la demande des parents, quand des ajustements semblent nécessaires (source 26). L’occasion de prévoir un adulte présent aux moments à risque, le rôle de l’AESH ou un endroit où se mettre au calme.

Pour une plainte, son audition peut être adaptée (voir notre article dédié). Ces adaptations font partie des droits de ton enfant.

Les numéros à garder sous la main

Harcèlement scolaire que faire en tant que parent : les numéros utiles selon la situation, dont le 3018, le 119 et le 3114

Aucun ne remplace l’école, ta première interlocutrice : ils t’épaulent ou prennent le relais.

Fiche technique

Les numéros utiles, selon la situation

Harcèlement, cyberharcèlement · 3018, pour les jeunes, les parents et les professionnels : gratuit, anonyme, confidentiel, 7 j/7 de 9 h à 23 h en métropole, par téléphone ou par tchat dans l’application ; pour les personnes sourdes ou malentendantes, du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30 en transcription écrite, en langue des signes française ou en langue française parlée complétée, et par tchat tous les jours de 9 h à 23 h

Depuis La Réunion · le 3018 répond aux mêmes heures que la métropole, soit, avec le décalage horaire, de midi à 2 h du matin quand la métropole est à l’heure d’hiver, de 11 h à 1 h du matin quand elle est à l’heure d’été ; le tableau des horaires par territoire est sur e-enfance.org

Danger pour l’enfant, y compris de la part d’un adulte · 119, enfance en danger, pour les enfants comme pour les adultes inquiets : gratuit, 24 h/24, joignable de toute la France et des départements d’outre-mer dont La Réunion, sans trace sur les factures de téléphone

Il parle de mourir ou de se faire du mal · 3114, prévention du suicide, pour lui comme pour toi : gratuit, 24 h/24 et 7 j/7, partout en France, y compris à La Réunion

Urgence médicale · 15

Violences, menaces, danger immédiat · 17, police ou gendarmerie, ou 112, numéro d’urgence européen ; 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes

Infraction, aide aux victimes · 116 006, pour être informée et orientée, tous les jours de 9 h à 20 h, heure de Paris ; depuis La Réunion, le 01 80 52 33 76

L’école ne répond pas · la ligne harcèlement de ton académie, coordonnées sur education.gouv.fr, rubrique « Non au harcèlement » ; à La Réunion, l’académie indique le 3018 et l’adresse social.secretariat@ac-reunion.fr, et propose sur ac-reunion.fr une grille des signaux à repérer à la maison

Les droits de ton enfant · Défenseur des droits, 09 69 39 00 00 ou defenseurdesdroits.fr

Un contenu illicite en ligne · Pharos, internet-signalement.gouv.fr

Source · ministère de l’Éducation nationale, Service-Public, info.gouv.fr, association e-Enfance / 3018, ministère chargé de la Santé, allo119.gouv.fr, académie de La Réunion, Défenseur des droits, consultés les 26 et 27 octobre 2026 (sources 6, 7, 8, 9, 11, 14, 15, 21, 27, 28, 29)

Aucune phrase magique ne fait tout cesser du jour au lendemain. Mais un enfant qui a parlé, qui a été cru et qui voit les adultes se mettre en mouvement n’est déjà plus seul face à ce qu’il vit.

Vos questions

Faut-il changer mon enfant d’école ?

Pas en premier réflexe. C’est d’abord à l’établissement de protéger ton enfant et, si nécessaire, d’éloigner l’élève auteur (sources 3, 4). Un changement peut se discuter si la situation ne s’améliore pas ou si ton enfant le souhaite : vous pouvez en décider ensemble, en sachant que le cyberharcèlement peut le suivre d’une école à l’autre.

Mon enfant refuse d’aller à l’école : que faire ?

Son état d’abord : s’il panique, ne dort plus ou parle de mourir, son médecin peut l’examiner sans délai et l’orienter, et le 3114 répond 24 h/24 (sources 7, 17).

Préviens l’école le jour même, par écrit, en expliquant pourquoi : ce refus est un fait à inscrire dans ton signalement, et son retour se prépare avec l’établissement, mesures de protection, adulte référent, point de suivi, plutôt qu’un retour sans rien de changé (source 4).

Côté règles, toute absence doit être signalée et justifiée ; un certificat médical n’est exigé qu’en cas de maladie contagieuse, et le harcèlement, absent des motifs admis d’office, peut être examiné comme tout autre motif par les services de l’Éducation nationale (source 30).

Et si c’est un adulte de l’école qui s’en prend à lui ?

La loi vise aussi le harcèlement commis par une personne qui travaille dans l’établissement (sources 4, 22). Pour des propos ou des gestes humiliants, préviens la direction par écrit ou, si elle est en cause, les référents harcèlement de l’académie, par la ligne académique (source 9) ; le Défenseur des droits peut aussi être saisi (source 14).

Pour des violences ou des faits graves, la police ou la gendarmerie de ton choix, le 17 en urgence, et la plainte, sans attendre l’école (sources 4, 29).

Dans tous les cas, le 119, numéro national de l’enfance en danger, répond aux enfants comme aux adultes inquiets, y compris pour des violences subies dans une institution : gratuit, 24 h/24, joignable de La Réunion, sans trace sur les factures de téléphone (source 28).

Puis-je contacter moi-même les parents de l’enfant qui le harcèle ?

C’est déconseillé : le ministère de l’Éducation nationale recommande de ne pas chercher à régler la situation directement avec l’auteur, parce que cela peut l’aggraver (source 5). C’est à l’établissement d’organiser les échanges avec sa famille.

Dois-je apporter des preuves pour que l’école réagisse ?

Non. L’établissement doit examiner ton signalement, même sans preuve (sources 1, 2) ; tes notes et tes captures l’aideront à établir les faits.

L’établissement me dira-t-il quelle sanction l’autre élève a reçue ?

Pas forcément : l’autre élève est mineur lui aussi, et il est possible que l’établissement ne te détaille pas les mesures prises à son égard. Tu peux en revanche demander ce qui est fait pour protéger ton enfant, et ce qui a changé depuis ton signalement.

Une école privée doit-elle agir aussi ?

Oui. La loi impose aux établissements, publics comme privés, de prendre les mesures appropriées pour prévenir le harcèlement, le repérer et y répondre (source 1). Tu peux demander quel protocole y est appliqué.

Le 3018, c’est seulement pour les enfants ?

Non. Il répond aussi aux parents et aux professionnels, gratuitement, de façon anonyme et confidentielle, 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, heure de métropole, par téléphone ou par tchat (sources 6, 9).

Références

Nos sources

Source 1 · Ministère de l’Éducation nationale, Qu’est-ce que le harcèlement ? (article L111-6 du Code de l’éducation), 10 décembre 2025

Source 2 · Ministère de l’Éducation nationale, pHARe : un dispositif de lutte contre le harcèlement à l’école, 8 décembre 2025

Source 3 · service-public.fr, Harcèlement scolaire à l’école primaire, vérifié le 15 octobre 2026

Source 4 · service-public.fr, Harcèlement scolaire au collège et au lycée, vérifié le 4 novembre 2025

Source 5 · Ministère de l’Éducation nationale, Mon enfant est victime de harcèlement, mise à jour de novembre 2023

Source 6 · Association e-Enfance / 3018, Contacter le 3018, modifiée le 28 août 2026

Source 7 · Ministère chargé de la Santé (sante.fr), Le numéro national de prévention du suicide, mise à jour le 6 juillet 2026

Source 8 · ARS La Réunion, Communiqué sur le 3114 à La Réunion, 10 septembre 2025

Source 9 · Ministère de l’Éducation nationale, Politique de lutte contre le harcèlement à l’École, mise à jour du 24 août 2026

Source 10 · CNED, plateforme du ministère de l’Éducation nationale, Non au harcèlement, des clés pour les familles, module 4, avril 2025

Source 11 · info.gouv.fr, Cyberharcèlement : comment le reconnaître et agir ?, 25 septembre 2026

Source 12 · Légifrance, Code pénal, article 227-23, version consolidée au 26 octobre 2026

Source 13 · Cybermalveillance.gouv.fr, Que faire en cas de sextorsion ?, mise à jour du 31 mars 2025

Source 14 · Défenseur des droits, Dépliant « droits des moins de 18 ans », avril 2024

Source 15 · Académie de La Réunion, Comment repérer, signaler et accompagner votre enfant ?, consultée le 27 octobre 2026

Source 16 · sante.fr (ministère chargé de la Santé), Centre médico-psychologique (CMP), 7 novembre 2022

Source 17 · Ameli.fr (Assurance maladie), Remboursement de séances chez le psychologue : dispositif Mon soutien psy, 16 septembre 2026

Source 18 · 3114, numéro national de prévention du suicide, Que dire ? Quoi faire ?, consultée le 27 octobre 2026

Source 19 · 3114, numéro national de prévention du suicide, Questions fréquemment posées sur le suicide, consultée le 27 octobre 2026

Source 20 · Maison de Solenn, AP-HP, Idées suicidaires : comment réagir ?, avril 2023

Source 21 · Association e-Enfance / 3018, Le 3018 accessible aux personnes sourdes ou malentendantes, modifiée le 30 mai 2025

Source 22 · Légifrance, Code pénal, articles 222-33-2-2 et 222-33-2-3, version consolidée au 26 octobre 2026

Source 23 · DEPP, Note d’information n° 26-20 : résultats de la grille d’auto-évaluation des élèves, 9 juin 2026

Source 24 · Caisse d’Épargne et association e-Enfance / 3018, Communiqué de presse de l’étude 2025, 30 octobre 2025

Source 25 · service-public.fr, Élève en situation de handicap : le projet personnalisé de scolarisation, vérifié le 27 mars 2026

Source 26 · Onisep, L’équipe de suivi de la scolarisation, 27 avril 2023

Source 27 · Association e-Enfance / 3018, Horaires du 3018 : à quelle heure appeler depuis la métropole et les outre-mer ?, 28 août 2026

Source 28 · Allo119.gouv.fr, Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger, Qui peut appeler le 119 ?, consultée le 27 octobre 2026

Source 29 · service-public.fr, Mineur victime d’infraction sexuelle, vérifié le 20 mai 2026

Source 30 · service-public.fr, Assiduité scolaire et absentéisme, vérifié le 6 novembre 2025

Informations vérifiées le 28 octobre 2026.

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